Pourquoi les jeunes quittent la campagne… et n’y reviendront jamais.

Après les événements exceptionnels de cette semaine, nous reprenons le cycle normal de nos articles ; savoir : un article chaque semaine le vendredi à 17H.

82 % des Français habitent aujourd’hui en ville. Ce phénomène, qui a commencé il y a plus de deux cents ans, connaît aujourd’hui ses dernières années. Les campagnes meurent petit à petit et ce, d’autant plus que les villages sont éloignés des grands centres urbains. Déjà en France, certains villages sont complètement vides. On trouve même des annonces de mise en vente de certains d’entre-eux en totalité… qui ne trouvent pas preneur.

Un mouvement de longue date

Les arguments en faveur de ce mouvement sont nombreux. En première ligne l’accès aux technologies et aux facilités qu’apporte la ville. La fibre et l’Internet ont du mal à atteindre nos villages. Ces technologies deviennent indispensables pour la vie quotidienne, y compris dans la relation que nous pouvons avoir avec l’Etat. Elles sont maintenant un axe incontournable pour qui veut travailler. Le non-branchement des maisons à l’Internet devient une cause récurrente de fuite des éventuels acheteurs. Idem en cas de mauvaise connexion mobile.

Aucune commodité à la campagne

Les commodités de soin forment également un appel fort en faveur des cités. Un Français entre toutes les 3 secondes dans une pharmacie. Les jeunes médecins quittent les campagnes où ils ne trouvent aucun intérêt à s’installer malgré un chiffre d’affaires assuré! Le vieillissement de la population les inquiète : dans 20 ans, lorsque le papy-boom touchera à sa fin, quelle clientèle auront-ils ? L’éloignement des hôpitaux est un véritable problème pour une population de plus en plus soucieuse de sa santé. En habitant en ville, on augmente son espérance de vie.

Des citoyens de plus en plus informés et exigeants

En France, les gens sont de plus en plus diplômés et recherchent un voisinage à la hauteur de leur milieu culturel. Ils sont demandeurs également pour leurs enfants de divertissements culturels et d’écoles où ils seront mélangés à d’autres provenant de milieux identiques. A la campagne, les occasions d’instruire les enfants sont rares : pas de musées, pas de théâtres, pas de cinémas, pas de bibliothèques, etc. Certes, la vie rurale peut développer des compétences intéressantes, et épanouissantes à titre personnel, mais elles sont essentiellement manuelles.

Un emploi qui change radicalement de visage

Mais voilà, les activités manuelles n’ont aucun avenir. Les robots vont bientôt les remplacer. Déjà, Google possède un terrain où l’entreprise teste des tracteurs qui sèment, labourent, récoltent, désherbent (écologiquement!) tout seuls. Bientôt nous n’auront plus besoin d’ouvriers agricoles, ni d’agriculteurs. La Chine, premier atelier de fabrication au monde, où les salaires sont pourtant bas, investit massivement dans les robots et la recherche développements en automatismes. Ils ont mis au point une main de robot qui reproduit exactement les mouvements de la main humaine. Finis les petites mains et les travaux manuels! Fini le réparateur, fini l’artisan, demain vous aurez une machine qui réparera et fabriquera à domicile. Fini les récoltes à la main, les plantations… Même les professions intellectuelles sont visées : aux Etats-Unis, les jugements des tribunaux sont traités par des ordinateurs qui, en une seconde, font le travail de 300 000 heures d’avocat.Au Japon, les conseils d’administrations des entreprises ont tous un ordinateur dont les décisions comptent comme une personne existante.

Dans cet environnement changeant si vite, les familles souhaitent que leurs enfants côtoient des scientifiques ou des informaticiens ; et ce n’est pas à la campagne qu’on les rencontre.

Du coup, l’emploi se concentre autour des grands centres. Lorsqu’on regarde la cartographie des offres d’emplois, on s’aperçoit que la masse des offres est concentrée dans les villes. Quand on est chômeur, il est évidemment sage d’habiter en ville si on veut rapidement retrouver des opportunités d’emploi.

En 2016, plus de 1000 villages ont disparu

Doit-on de plus parler de toutes ces communes dont l’administration laisse à désirer ? Ces Français ne souhaitent pas qu’on leur disent qu’ils ne sont pas du « pays » lorsqu’ils s’installent quelque part. Parce qu’aujourd’hui, on n’est pas d’un village, on est citoyen de France voire, pour nos enfants, citoyen du monde. La notion même de « pays », « commune », village est morte… ou c’est pour bientôt. De nombreuses communes n’arrivent plus à trouver de dirigeant, quand il n’est pas élu par défaut, faute de liste concurrente. Cette année, plus de 1000 villages ont disparu en France. A ce phénomène s’ajoute celui de l’Internet qui a transformé la planète en un immense village, détruisant de facto l’intérêt de se réclamer de tel ou tel village bien réel, lui.

Les villages peuvent-ils rester attractifs tout de même ?

Alors comment faire pour que les villages conservent leurs habitants ? Comment éviter la baisse de valeur inexorable des maisons de villages au fur et à mesure des gens qui partiront ? La campagne peut encore avoir un atout, celui d’assurer une vie calme dans le respect des principes des valeurs de notre République. Elle ne doit pas être un lieu de non-droit, loin de la civilisation ; le lieu où l’on peut « détourner la loi », sous prétexte d’un entre-soi presque atavique, sous des relents de considérations moyen-âgeuses quasi despotiques.

Les villages Français sont à l’aube d’un bouleversement culturel qu’il faudra bien accepter s’ils veulent survivre.